Tripode lumière

Une architecture reconnectée à son environnement, des éléments évoquant la nature, des espaces éclairés avec une douce lumière naturelle… Trois lignes conductrices auxquelles ont répondu les architectes avec une morphologie en tripode, des menuiseries double hauteur d’étage, une peau d’aluminium à l’extérieur et du bois à l’intérieur pour cet ensemble de bureaux situé à Issy-les-Moulineaux.

Revisiter la figure du tripode pour s’affranchir de la forme classique de l’îlot fermé et apporter de la lumière naturelle : Be Issy lie esthétique et optimisation énergétique par un dessin sobre et élégant. Photo : Jean-Philippe Mesguen

À Issy-les-Moulineaux, au cœur du pôle tertiaire Seine-Ouest conçu par l’équipe d’architectes de PCA Stream, l’ensemble immobilier Be Issy affiche une conception à l’esthétique « responsable » et exemplaire. Au programme : confort des espaces de travail adaptables et conviviaux, et environnement – l’un n’allant pas sans l’autre. Ainsi, l’ensemble à énergie positive (Bepos) est triplement certifié HQE « exceptionnel », Breeam « excellent » et Well « gold », et met en œuvre des technologies de pointe. Les architectes ont développé une approche qui inclut les notions de bien-être et de créativité au travail sur les espaces collaboratifs. Cette approche a entraîné une réflexion architecturale poussée sur la morphologie du bâtiment, sur son intégration à la parcelle triangulaire et à son environnement immédiat (viaduc de la ligne C du RER) et sur la conception des façades.

Lumière naturelle par conception en tripode

Sébastien Truchot, directeur de projet du département architecture de l’agence PCA Stream, explique le cheminement : « La question était de savoir comment répondre, sur une parcelle atypique, aux standards des immeubles de bureaux, tout en créant un maximum de recul et d’espaces de respiration pour le bâtiment, mais aussi pour l’espace public. »
La réponse habituelle pour ce type de programme consiste le plus souvent à occuper toute la parcelle en ménageant un ou plusieurs patios avec des vis-
à-vis importants. « Cette réponse ne nous semblait pas à la hauteur des enjeux. D’où notre travail sur une forme en tripode, avec un seul noyau central qui dessert trois branches autonomes. »
La géométrie retenue permet la réali­sation de terrasses ouvertes végétalisées, offre des vues panoramiques et place l’îlot au centre de la parcelle, créant ainsi des respirations : trois jardins semi-publics au droit de l’espace public.

Taux de transparence de plus de 50 %

Cette forme particulière maximise les surfaces intérieures en contact avec la lumière du jour, d’où un double effet sur la baisse des consommations électriques liées à l’éclairage et sur l’optimisation, au sein des espaces de travail, des apports de lumière naturelle – on sait aujourd’hui qu’elle est un facteur essentiel de bien-être et… de productivité. Cette lumière est bien sûr apportée par la façade avec un taux de transparence de plus de 50 % et par la profondeur des baies qui autorisent des jeux d’ombres et apportent la protection solaire requise – perception d’épaisseur qui contribue au bien-être. La recherche de l’efficacité énergétique passe également par la proportion importante de pleins en façade (réduction des apports énergétiques). En découlent des façades à l’esthétique unique : « Leur écriture au rythme serré, enrichie par un jeu sur deux largeurs de trumeaux, permet de varier l’ordonnancement vertical et d’animer une composition en rubans superposés », expliquent les architectes. Le rythme est accentué par le revêtement en cassettes métalliques laquées de noir des façades porteuses en béton et par les menuiseries en bandes. Particularité : ces dernières, en aluminium, sont posées alternativement sur une ou sur deux hauteurs d’étage. Dans ce dernier cas, la séparation entre étages au niveau des parties opaques (nez de plancher béton) est assurée par l’intégration dans le châssis de la menuiserie d’un vitrage émaillé noir.

L’opération compte 1 150 châssis, dont la cote moyenne est de 1 100 mm de largeur et 6 000 mm de hauteur, les plus grands atteignant 7 400 mm. Photo : Jean-Philippe Mesguen

Du point de vue technique, cette option architecturale a demandé à l’entreprise Seralu et à son fournisseur Schüco des adaptations de la gamme de châssis à ouvrant caché AWS 60 BD, tout en respectant le dessin de l’architecte et du bureau d’études façade Arcora, notamment la finesse des masses vue d’aluminium. « Il s’agissait pour nos bureaux d’études respectifs, explique Jean-Charles Pineau, responsable étude de prix chez Seralu, de répondre à trois contraintes. La première était de mettre en œuvre des menuiseries avec un châssis double hauteur – 7 400 mm pour les plus hautes. Nous avons donc créé un profilé faisant office de tapée réglable pour reprendre les tolérances du béton. La deuxième consistait à créer une solution de traverse intermédiaire pour le démontage du vitrage émaillé par l’extérieur, alors que nous sommes sur un système d’ouvrant caché. Et la troisième, à créer un dormant avec une aile spécifique permettant la fixation du bardage en aluminium à la verticale. » Et les architectes de conclure : « Cette trame ondoyante, qui fait écho à la géométrie des arcades du viaduc, épouse les formes arrondies du bâtiment dans un jeu élégant de courbes et de contre-courbes. »

Stéphane Miget

Maître d’ouvrage : PRD Office
Maître d’œuvre : PCA Stream
Bureau d’études : Arcora
Entreprise : Seralu

Les façades porteuses en béton sont revêtues à l’extérieur d’un parement en aluminium (30/10) laqué noir mat souligné, à l’intérieur, par des embrasures en bois. Photo : Salem Mostefaoui
Doc. : Seralu