Tôle perforée façon brique

C’est à un changement radical d’image que l’on assiste, avec la démolition et la reconstruction de la résidence pour migrants Péan (Paris 13e). À l’intérieur comme à l’extérieur où une enveloppe spécifique en tôle perforée a été traitée de façon à restituer la texture de la brique environnante.

Auparavant foyer pour migrants, cet ensemble immobilier sans charme construit dans les années 1970 comptait deux tours de 9 étages. Reliées par un escalier commun, celles-ci abritaient 360 lits répartis en 120 chambres individuelles et 80 chambres de trois personnes. Après démolition et reconstruction : une résidence intégrée au quartier, dont l’architecture reprend les codes des immeubles alentour. À terme, elle comprendra 380 studios répartis dans deux bâtiments. Située boulevard Massena à Paris, dans le 13e arrondissement, cette opération exemplaire illustre le travail entrepris par Adoma pour renouveler son parc immobilier de foyers et le transformer en résidence, toujours pour migrants. L’objectif étant de changer radicalement l’image de ces foyers, de les « résidencialiser » en apportant davantage de confort à leurs occupants, ceux-ci étant relogés dans de vrais studios. Il sera aussi possible d’y accueillir des femmes seules, ce qui n’était pas le cas jusqu’à aujourd’hui.

Systèmes normalisés et préfabriqués

Une opération simple en apparence, mais qui impose, en réalité, de repenser totalement le modèle : « La difficulté est de passer du foyer avec de nombreux espaces communs à celui de la résidence type étudiant, sachant que les résidents conservent la maîtrise de la gestion des espaces communs et qu’il peut y avoir des dégradations importantes », explique Jean Kalt, de Philippon-Kalt Architectes Urbanistes, maître d’œuvre du projet. Sans oublier qu’ici la maîtrise d’ouvrage, dans une économie contrainte, a un cahier des charges très précis. La réponse de l’architecte : « Qualité d’usage, fonctionnalité, soin du détail, pérennité et évolutivité. » Avec, par exemple, des espaces communs qui ne sont plus cachés, mais largement ouverts sur l’espace public via de larges baies vitrées ou l’utilisation du bois qui est décliné à l’envie « pour qualifier les portes d’entrée des logements, réchauffer les ambiances avec l’habillage des tableaux de baies vitrées ou les plafonds des parties communes ». De même, les modes constructifs ont leur importance : « La structure en béton sans refends porteurs ne bloque pas les transformations futures pour éventuellement modifier les studios en T2 ou T3 », explique Jean Kalt. L’optimisation du rapport qualité/prix a joué sur les choix techniques, notamment le recours à la préfabrication, qu’il s’agisse de l’ossature porteuse (prémurs et prédalles), des parements de façade en tôle emboutie ou des 230 salles d’eau : « Comme il s’agit d’un programme répétitif, la préfabrication était bien adaptée. Le choix de systèmes normalisés et préfabriqués a aussi été dicté par le double objectif d’une qualité irréprochable des finitions et de gain de temps à la livraison », précise l’architecte.

Photo : STM

Écriture contemporaine des façades HBM…

Autre évolution remarquable par rapport au modèle des années 1970, la qualité architecturale de la nouvelle résidence et son intégration à la ville. Ainsi, le projet urbain proposé sur l’ensemble de l’îlot reprend, sans les pasticher, les caractéristiques des îlots HBM (Habitation à bon marché) de la ceinture parisienne construits dans les années trente : ouverture sur jardin intérieur, implantation à l’alignement, gabarits en R + 6, traitement en pans coupés à l’angle des rues et, bien sûr, façade en brique avec soubassement ciment et baies soulignées par un encadrement blanc. La première résidence livrée offre ainsi une écriture contemporaine des façades HBM. Ici, la traditionnelle brique est remplacée par une tôle d’aluminium perforée de couleur brique et par un traitement spécifique des percements. Les menuiseries placées en bande horizontale reprennent le principe des oriels en ressortant du plan de la façade : « Ces débords de fenêtres viennent l’animer par un jeu d’ombre portée. » À l’intérieur, cela permet de dégager l’espace avec de profondes tablettes et d’utiliser l’allège pour du rangement. Sur rue, l’alignement en bande horizontale des menuiseries offre d’autres atouts : « Ce bâtiment compte 230 studios.
Le percer d’autant de fenêtres n’aurait pas été qualitatif. En utilisant un système de bande horizontale de trois studios, nous avons créé un rythme irrégulier des baies. Impossible ainsi de déceler le nombre de logements. L’intégration de ce programme social dense au quartier s’en trouve facilitée », détaille Jean Kalt.

Les bandeaux vitrés sont constitués de baies et de shadow boxes. Photo : STM

… et signature

Les façades en tôles d’aluminium perforé, placées devant un pare-pluie de couleur noire, signent à la fois l’ancrage de la résidence à son environnement et sa contemporanéité : « Les trous oblongs créent une vibration visuelle et donnent à percevoir des lignes horizontales qui font écho à celles de la brique. » Particularité : les plaques ont été laquées à l’aide d’un système spécifique de peinture en poudre, développé par l’industriel espagnol Adapta : « À l’origine, nous avions pensé à de l’acier Corten, mais il y avait un risque de dégradation. » Cette solution, en plus d’être pérenne, apporte une matérialité spécifique dans cet environnement brique : « Nous obtenons la surface granuleuse et texturée d’un matériau qui a pris la rouille. » L’industriel et les architectes ont travaillé en commun pour trouver la couleur, la structure idéale et la régularité du rendu : « Les plaques sont laquées selon un procédé manuel d’application de trois couches successives de poudre et d’eau. C’est ce procédé qui permet de créer la matière et la diversité de tons. »

Soin du détail, au droit des bow-windows, la tôle est perforée puis emboutie sans déformer la trame régulière des percements. Doc. : Philippon-Kalt

Peinture poudre

Le revêtement en poudre utilisé sur ce projet est issu de la gamme Patina Collection et Neon Collection d’Adapta Color. Soit des finitions qui reproduisent l’oxydation des métaux avec une dimension visuelle et tactile. Des produits fabriqués selon la technologie Adapta Bonding System qui assure un haut rendement de la peinture, facilite l’application et permet d’obtenir des finitions uniformes, même à l’aide de systèmes entièrement automatisés et à circuit fermé facilitant la récupération de la poudre.

Maître d’ouvrage : Adoma
Maître d’œuvre : Philippon-Kalt Architectes Urbanistes (établissement du plan d’ensemble, déconstruction de la tour de 120 lits et construction de la résidence Péan de 230 studios)
BET TCE : Bérim
Groupement d’entreprises : Sicra ; Raimond (façade) ; Aluval (menuiseries extérieures)

Stéphane Miget

Le bâtiment avec sa façade en tôle perforée s’intègre parfaitement au quartier périphérique parisien HBM. Photo : STM