Rencontre avec Stéphane Hameury, directeur opérationnel « Enveloppe du Bâtiment » au CSTB

Rencontre avec Stéphane Hameury, directeur opérationnel de la nouvelle direction Enveloppe du bâtiment au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB)

5façades Pourquoi une nouvelle direction « Enveloppe du bâtiment » au CSTB ?

Rencontre avec Stéphane Hameury, directeur opérationnel « Enveloppe du Bâtiment » au CSTB
Photo : Raphaël Dautigny

Stéphane Hameury – Pour passer d’une approche produits et systèmes à une approche globale à l’échelle de l’ouvrage. L’enveloppe est le trait d’union entre l’architecture et la technique, entre l’urbain et le bâtiment, entre les équipes et un projet de construction. Je souhaite que cette direction puisse s’inscrire dans une dynamique qui consiste non pas à traiter l’enveloppe uniquement dans son volet évaluation, mais à être capable de positionner nos métiers et notre expertise sur deux niveaux de temporalité en amont de l’évaluation. Le premier, au niveau de la R&D, pour accompagner les industriels dans leur développement à l’innovation; le second dans les premières phases du projet, en concertation avec les maîtres d’ouvrage, les architectes et les équipes de maîtrise d’œuvre, afin de le sécuriser.

De quelle manière ? Aujourd’hui, le CSTB intervient essentiellement sur l’enveloppe en phase de réalisation, pour apporter une Appréciation technique d’expé­rimentation (Atex). Or nous avons tout intérêt à travailler le plus en amont possible, et pas uniquement avec les industriels et les entreprises, mais aussi avec les maîtres d’ouvrage et les architectes, et ce, dès la phase de conception. Par exemple, produire des Atex de conception, travailler à la sécurisation de l’innovation. Cela ne peut se faire qu’avec la maîtrise d’œuvre et la maîtrise d’ouvrage. C’est d’ailleurs ce que nous réalisons avec la Solideo (l’établissement public chargé de la maîtrise d’ouvrage des Jeux olympiques de 2024) et les groupements retenus pour le village des athlètes, en rédigeant deux référentiels sur des systèmes de bardages en terre cuite ou des Etics sur façades à ossature bois intégrant des isolants biosourcés pour accompagner la construction du village olympique.

Plus généralement, quelles évolutions avez-vous constatées ces dernières années ? D’abord, l’idée de fonctionnalisation de l’enveloppe et de ses ouvrants. Nous avions l’habitude de la considérer comme un rempart contre les agressions externes pour nous protéger des climats extérieurs et préserver un climat intérieur. Mais, en réalité, il est possible d’y associer de nombreuses fonctions.

Par exemple ? La relation de l’enveloppe à l’eau. Pendant des années, elle bloquait la pénétration de l’eau de pluie et la rejetait vers les systèmes d’évacuation. C’est comme cela que se sont développées des toitures fortement imperméables. On s’est rendu compte que la couverture pouvait avoir une fonction supplémentaire en stockant l’eau et en créant des « espaces tampons » régulant l’écoulement lors de fortes pluies. Mais on peut aller plus loin et en tirer un bénéfice pour le bâtiment et la ville, par exemple en gérant ces espaces tampons, murs ou toitures végétalisées, avec des systèmes intelligents pour restituer l’humidité par évapotranspiration. Ce qui pourrait potentiellement améliorer la qualité de l’enveloppe vis­à­vis du confort d’été et des périodes de canicule. Il y a aussi la relation au soleil, avec le développement de procédés qui renvoient le rayonnement solaire pour éviter le réchauffement des toitures et des façades.
À propos des apports solaires, on constate une approche de gestion active et passive.

Pour vous, est-ce une tendance ? Oui, et d’ailleurs la crise sanitaire l’accentue. Avec elle, on reconsidère le logement. On se rend compte que la conception a un impact fort sur notre espace de vie, auquel il faut redonner de la pertinence. Cela passe forcément par une meilleure gestion de l’enveloppe, avec des apports solaires et de lumière naturelle mieux maîtrisés. Le lien entre intérieur et extérieur est de plus en plus ténu.

L’architecture des bâtiments s’est- elle transformée avec la prise en compte des nouvelles fonctions de l’enveloppe ? Je ne suis pas architecte, mais on le constate. Il y a nécessité d’un lien plus fort entre le trait architectural et les composants techniques de l’enveloppe. Pendant des années, l’architecte a dessiné sa façade et l’ingénieur y a associé des éléments techniques. Aujourd’hui, le trait architectural intègre ces thématiques techniques.

Et l’approche bas carbone? La nécessité d’améliorer l’empreinte carbone induit des modifications de conception et d’usage des matériaux – notamment le recours à la mixité et aux matériaux biosourcés, voire géosourcés. Avec, pour corollaire, tous les sujets attendus de recyclage, de réemploi, qui fonctionnent très bien avec les modes de production de la construction sèche. Sur les façades techniques en profilés aluminium, on note d’ailleurs une tendance nette de la part de certains de nos clients qui sont capables de proposer des produits atteignant des taux de recyclage de 75 % et au­-delà.

Autre problématique importante, la rénovation thermique et son industrialisation. Comment l’accompagnez-vous ? C’est un sujet clé. Construire des bâtiments neufs RE 2020 ne suffira pas à atteindre les objectifs fixés par la Cop 21. L’atteinte de ces objectifs passera nécessairement par des rénovations lourdes, sur des volumes très importants, au­delà de ce que l’on est capable de produire aujourd’hui. L’innovation permettra de démultiplier la capacité de la filière à répondre dans son ensemble à cet objectif d’efficacité, de rapidité et de qualité. On peut bien évidemment penser à l’industrialisation de certains procédés d’isolation qui permet de ramener en usine la fabrication d’enveloppes avec des niveaux d’exigence parfois difficiles à atteindre sur site. Au­delà de l’industrialisation, on peut aussi penser à l’intégration d’innovations de rupture sur nos chantiers avec le recours à des matériaux de pointe tels que les aérogels de silice ou encore des matériaux d’isolation décarbonés, pour l’essentiel biosourcés.
À cet effet, avec l’ensemble de la filière nous menons des travaux pour élaborer et identifier des solutions de rénovation au sein du programme Profeel1 de la filière pour l’innovation en faveur des économies d’énergie dans le bâtiment. Cette démarche, conduite avec l’appui de l’État (CEE), a permis de mobiliser nos équipes dans le projet RénoStandard afin de concevoir des solutions de rénovation pour différents types de logements individuels. Les solutions développées envisagent très majoritairement d’avoir recours à une isolation par l’extérieur des parois, qui permet de limiter l’impact sur l’occupant en rénovation. Plusieurs principes émergent, comme l’utilisation de panneaux de façades à ossature bois. Quelques solutions d’isolation par l’intérieur utilisant des matériaux émergents comme le béton de chanvre sont par ailleurs étudiées pour répondre à la contrainte de conservation du patrimoine existant.

Propos recueillis par Stéphane Miget