MIN de Nantes : des façades ouvertes intégrées à leur environnement

Sur le nouveau Marché d’intérêt national (MIN) de Nantes, réalisé par l’équipe d’EGA (Erik Giudice Architecture), l’aluminium et le verre forment des façades ouvertes qui s’inscrivent dans leur environnement et le respectent autant visuellement que d’un point de vue écologique. Reportage.

Il est à la fois difficile de voir et difficile de louper tous ces ensembles si grands qui dévoilent pourtant des façades discrètes et élancées faites d’aluminium et de verre. Il s’agit des bâtiments du nouveau MIN de Nantes, récemment transféré vers le parc d’activité Océane Nord, Zac de la Brosse, à Rezé. Ils forment le nouveau pôle agroalimentaire Agropolia, réunissant une centaine d’entreprises réparties sur pas moins de 19,4 ha. Cet ensemble est le fruit d’un concours d’architecture remporté en 2015 par l’équipe de maîtrise d’œuvre conduite par EGA (Erik Giudice Architecture). Elle a imaginé un nouveau site, emblématique tant par son architecture que par sa mise en œuvre. Il s’agissait de se saisir du gigantisme inhérent à ce type de bâtiment et d’en faire un lieu ouvert et visible. « Nous trouvions intéressant de positionner l’ouvrage dans la profondeur du site et de miser sur la transparence pour donner un sens de circulation logique aux bâtiments », explique l’architecte. Le tout en l’intégrant au paysage de bocages environnants et en insistant au maximum sur la notion de développement durable, aussi bien par les matériaux utilisés que dans sa conception même.

Des façades ouvertes pour laisser entrer la lumière

Dans cet ensemble composé de 7 bâtiments (A, B, C, D ,E, G, H), c’est bien la grande halle (A) qui se démarque des autres. D’abord par ses dimensions : 130 m de largeur et 350 m de longueur. Mais aussi par sa charpente en bois lamellé-collé d’épicéa (provenant de Finlande, de République tchèque et de France), qui franchit de grandes portées et réduit l’impact carbone au maximum. Sa structure, qui s’étend sur pas moins de 20 000 m², a été pensée de telle façon qu’elle est en totale cohésion avec la toiture. Constituée en treillis, elle est parsemée d’un millier de triangles, dont un sur deux accueille un puits de lumière. Des houteaux qui ont une triple fonction : « Ils font office de ventilation tout d’abord, grâce à une série de lamelles ouvertes sur les côtés, de désenfumage ensuite et de prise de lumière naturelle qui nous permet de réduire la consommation électrique en journée », indique Erik Giudice. À l’extrémité nord, un porte-à-faux de 8 m à l’entrée du parvis, totalement ouvert, apporte encore plus de lumière naturelle. De manière générale, tous les bâtiments disposent de grandes ouvertures, de façon à maximiser l’apport lumineux. « Les vêtures en aluminium descendent suffisamment afin de limiter les effets du vent, sans pour autant fermer les espaces », précise Erik Giudice. Autant d’arguments qui permettent de limiter l’éclairage en journée, même s’il est à noter que l’activité du site est très importante de nuit et qu’un éclairage intense est donc nécessaire.

Des panneaux photovoltaïques en toiture

Un total de 31 000 m² de panneaux photovoltaïques a été réparti sur les toits des bâtiments A, B, E, G et H.
Si un peu plus de 10 % de la production est destinée à l’autoconsommation (4 000 m² de panneaux), le reste sera revendu. Au total, l’installation générera de 5 à 6 GWh.

Les façades sont marquées par la présence du verre et de vêtures en aluminium perforé. Elles inscrivent le bâtiment dans son environnement par effet de transparence et de réflexion, tout en lui assurant une présence certaine. Photos : Julien Lanoo

Des façades mixtes

Les façades, elles, associent les matériaux. Le béton a été utilisé pour les dalles, le plancher et aussi pour les panneaux-sandwichs. En effet, la partie basse des bâtiments est constituée de voiles en béton préfabriqués en usine. « Étant donné l’usage du bâtiment, celui-ci doit être en mesure d’encaisser des chocs. L’ouvrage doit donc être solide et pérenne », avance l’architecte.
La partie haute des façades, à partir de 4,50 m et jusqu’à l’acrotère, a été conçue comme un système de double enveloppe composée d’un panneau étanche isolé en laine de roche en partie intérieure et extérieure et d’une vêture en aluminium. Une mise en œuvre qui a autorisé la disposition des ouvertures (fenêtres, prises d’air) en arrière-plan, apportant du même coup une protection solaire. La préfabrication a été maximisée sur ce chantier, à travers le bois, le béton et l’aluminium notamment, privilégiant ainsi des filières plus sèches et respectueuses de l’environnement. Cependant, une petite ombre vient noircir ce tableau. Importé d’Amérique du Sud, l’aluminium mis en œuvre ici ne s’inscrit pas dans une démarche bas carbone. Si la vêture en aluminium perforée et le verre ont été choisis pour leur tenue dans le temps, l’esthétique a également été déterminante.
Les architectes ont ainsi privilégié des teintes claires et des enveloppes des bâtiments à la fois lumineuses et légères. Elles ont été imaginées de manière à contraster et ainsi mettre en valeur les haies bocagères du site qui, elles, intègrent le bâtiment à son environnement. Mais ce contraste se veut très léger puisque, paradoxalement, « l’aluminium est légèrement réfléchissant et capte son environnement proche en reprenant les teintes du ciel en journée par exemple ou la lumière du soir ».

Sur le toit, des houteaux servent à la ventilation, au désenfumage et à maximiser l’apport de lumière naturelle à l’intérieur du site de façon à réduire la consommation énergétique. Photo : Luc Boegly
Un peu plus de 10 % de la production destinée à l’autoconsommation du bâtiment est assurée par 4 000 des 31 000 m² de panneaux photovoltaïques sur les toits du MIN. Photo : Julien Lanoo
Les voiles en béton préfabriqués composent la partie basse du bâtiment et lui confèrent la solidité requise pour son usage. Photo : LOMA

Lucien Brenet