Libre appropriation sous bardage d’aluminium ondulé

Situé dans le nouvel écoquartier Via Romana à Dijon (21), l’immeuble social Unité(s) imaginé par l’architecte Sophie Delhay se déploie dans un grand gradin bardé d’aluminium. Une configuration qui mêle sans les distinguer logements intermédiaires et collectifs.

Les urbanistes de Studio Mustard assurant la MOE suggéraient une résidence qui soit une transition de gabarit entre les pavillons bordant le site au sud et la future Zac avec ses nouvelles altimétries. Cet îlot devait ainsi faire cohabiter maisons individuelles, logements intermédiaires et grand collectif. « Il s’agissait d’un concours sur lettre de motivation et intentions, explique Sophie Delhay. Pour y répondre, je me suis rapprochée du service gestionnaire afin d’organiser des ateliers coopératifs entre architectes, maîtres d’ouvrage construction et gestion, et urbanistes. » Cette concertation a débouché sur une proposition d’un grand ensemble de 40 logements doté de différentes typologies d’habitats : 2 logements de type 1, 12 logements de type 2, 16 logements de type 3 et 10 logements de type 4.

Au rez-de-chaussée, les loggias, délimitées par de grands bancs en béton avec éclairage intégré, donnent accès aux appartements. ©Tristan Cuisinier

Immeuble en gradins
« Le bâtiment se trouve en bordure de Zac, poursuit-elle. Notre principe de base à l’agence est que, dans une même forme urbaine, nous pouvons regrouper de l’habitat individuel, de l’intermédiaire, de l’individuel superposé et du collectif. Le concept de gradinage permet de passer de la petite à la grande échelle, l’idée étant que chaque logement ait soit une loggia, soit une terrasse extérieure. L’accès à l’immeuble se fait par un grand porche et toutes les entrées se développent dans le jardin. » Une fois le porche franchi, une rue basse donne accès à des parkings semi-enterrés qui forment le socle de l’opération, une rue haute dessert les 9 logements en rez-de-chaussée accessibles par leur loggia et, à chaque extrémité du bâtiment, un escalier mène à une petite terrasse pour accéder à 2 logements individuels au premier étage. Deux petits halls intérieurs avec escalier desservent 6 logements intermédiaires tandis que la partie la plus haute à l’angle donne accès à un ensemble de 16 logements collectifs desservis par un ascenseur. L’édifice dispose également d’un espace partagé accessible depuis le hall desservant les logements collectifs. Située au deuxième étage, cette grande salle commune en double hauteur dispose d’une cuisine, de sanitaires et d’une grande terrasse donnant sur la ville.

Des logements modulables
L’originalité de l’ouvrage repose sur la conception des logements qui se base sur un système sériel et répétitif de pièces de tailles identiques. « Nous avons d’abord travaillé sur l’intime puis sur l’ensemble urbain, précise Sophie Delhay. Les logements sont imaginés comme une collection de pièces de tailles identiques formant des carrés de 3,60 m de côté. La pièce est une unité de base de travail dont la surface de 13 m² est un peu plus grande que les standards habituels d’une chambre et plus petite que celle d’un séjour. Selon ce principe, nous avons estimé à partir du programme global du maître d’ouvrage qu’il fallait 240 pièces et 43 loggias en fonction de leur répartition. » Chaque logement dispose d’une demi-pièce cuisine donnant sur la loggia et d’une demi-pièce salle de bain, de pièces non affectées en fonction de la typologie du logement et d’une pièce non affectée extérieure qui est une loggia ou une terrasse.

Unité(s) se présente sous la forme d’une équerre en gradins donnant sur un jardin où chaque crénelage abrite une terrasse. © Delphine Renardet

Configuration libre
Exempts de hall d’entrée et de couloir, les logements sont agencés à partir d’une pièce centrale accolée à la cuisine et autour de laquelle sont disposées les pièces dotées de grandes portes coulissantes de 1,20 m de large qui permettent d’assembler 2 pièces pour faire un séjour en configuration traversante, diagonale ou groupée. Cette indifférenciation des pièces intérieures permet à l’occupant de configurer son logement en fonction de son mode de vie et de ses envies. Le même plan peut donc être habité de manière différente en choisissant les pièces de vie et les pièces de nuit. « Le fait de ne pas différencier l’usage des pièces nous a poussés à traiter chaque pièce avec les mêmes standards, ajoute-t-elle. Toutes possèdent le même nombre de prises électriques et sont dotées d’occultation au noir pour qu’elles puissent devenir une chambre et ont un facteur lumière jour suffisant pour qu’elles puissent devenir un séjour avec une surface vitrée similaire côté jardin et côté rue (1,80/2 m côté rue et 1,60/2,30 m côté jardin. »

Rangements intégrés
La question des rangements a aussi été pensée et traitée de manière différente en fonction de l’orientation. « Plutôt que de mettre les rangements en fond de pièce, ils ont été flanqués en façade c’est-à-dire que ce sont des façades épaisses d’environ 70 cm, détaille Sophie Delhay. Au sud, côté jardin, les placards en bois de part et d’autre sont complétés par deux petits coffres sous une large fenêtre horizontale pour former une alcôve avec un luminaire au-dessus, un store banne et un garde-corps intérieur. Il est possible de s’y asseoir ou de s’y allonger pour profiter du calme du jardin. » Côté ville, les fenêtres verticales sont flanquées de part et d’autre de rangements qui s’ouvrent sur les épaisseurs de sorte que des lits puissent être placés côté façade. Un rideau est posé au nu à l’intérieur de la pièce permettant à l’occupant de se tenir debout à la fenêtre dans un espace secret.

Façade en tôle ondulée
Ce souci du détail dans les intérieurs, notamment la réalisation de façades épaisses, a orienté l’économie du projet et a conduit au choix du bardage extérieur. Derrière sa structure poteau-dalle en béton, le bâtiment est isolé par l’extérieur et recouvert d’un revêtement de type industriel en aluminium naturel à petite ondulation avec finition Alunatur Bright.
Les garde-corps des terrasses ont été réalisés avec des tôles perforées à ondulation horizontale et des tôles à ondulation verticale solidarisées entre elles par rivetage et assurent la continuité esthétique du bardage extérieur. Quant aux menuiseries, des fenêtres à triple vitrage ont été installées côté rue et à double vitrage côté jardin. Il s’agit de menuiseries mixtes bois (sapin verni incolore)/aluminium anodisé naturel.

L’ensemble est bardé d’un revêtement de type industriel en aluminium naturel à petite ondulation avec finition Alunatur Bright. © Delphine Renardet
Terrasses et loggias en gradin sont de mêmes dimensions : « Elles offrent des espaces extérieurs privatifs et forment le motif du projet. » © Delphine Renardet

Programme : 40 logements collectifs en locatif social
Localisation : Écoquartier Via Romana à Dijon (21)
MOA : Grand Dijon Habitat
MOE : Sophie Delhay architecte, EVP, B52, VPEAS, VERDI, Clara Berthet & JDM Paysagistes
Surfaces : 2 803 m² SP, 2 552 m² SHA