À Nîmes, une halle des sports au design inspiré de la toile « denim » regroupe plusieurs équipements indoor au sein d’un même bâtiment. Atrium central, charpentes en bois et façade en toile tendue ont été conçus pour faciliter les circulations et favoriser les échanges entre pratiquants et publics.
Pour élever le sport au plus haut niveau, la ville de Nîmes a érigé un paquet cadeau emballé aux couleurs du jean, la toile originaire de Nîmes, le « denim ». A l’intérieur, tous les sports en salle pratiqués dans la région, réunis en un lieu unique. Et où tout est prévu pour favoriser le lien entre des disciplines qui ne se rencontrent jamais : grand atrium, espaces de convivialité et de quoi jeter un œil sur la salle d’à côté. Un ensemble vivant où il fait bon circuler en baskets, dans le confort du bois, de grands volumes et de charpentes au design recherché. Une architecture qui a le souffle et la légèreté de l’athlète qui s’envole vers la victoire.
Un florilège de charpentes
Dans son hall de 400 m2 entièrement vitré, la halle des sports affiche que le sport est une fête. Du rouge vif jusqu’au plafond, des cercles lumineux en suspend dans l’air et panorama sur la salle omnisport (1100 m2, 210 places sur des gradins en béton brut). Handball, basketball, volleyball, mur d’escalade de 9 m sur 15,50 m, autant de disciplines sous une charpente en épicéa lamellé collé, une œuvre majestueuse montée sur place et qu’il a fallu livrer en convoi exceptionnel : « C’est la pièce centrale de l’équipement, visible dès l’entrée, son écriture est atypique ; une charpente grandiose aux poutres croisées âme pleine et des poteaux en V qui favorisent le contrebalancement et permettent moins d’appuis au sol » explique Anaïs Amadieu, architecte Ateliers A+.
Pour accéder aux gradins, une cage d’escaliers à chaque extrémité, recouverte de tasseaux acoustiques en bois : « Comme dans toutes les salles, notre choix s’est dirigé vers le bois omniprésent, une lumière douce et du béton brut ; le retour à la simplicité et un soin particulier accordé à des charpentes chaque fois différentes ». Au bout du couloir, les sœurs jumelles, salle de gymnastique rythmique (700 m2, 482 places assises en gradins) et salle de gymnastique artistique (1 400 m2) sont elles aussi sublimées par une charpente blonde en treillis, assemblée sur place et mixte, avec contrevenants et tirants métalliques. Seule différence, leur emprise : 2 m de hauteur pour la première d’une portée de 21 m et 4 m pour la plus grande, 38 m de portée pour franchir les dimensions standard du terrain de compétitions. Ici aussi des murs en béton de 3 m et au-dessus 11 m d’ossature bois, ponctuellement revêtue de compléments acoustiques en fibres de bois. Autre point commun à toutes les salles, une lumière diffuse grâce à un vitrage en polycarbonate orienté nord pour ne pas gêner les pratiques sportives.
Des cubes qui s’emboîtent
Dans l’atrium inondé de lumière naturelle, 38 marches font une courbe élégante qui monte à l’assaut du premier étage. Un escalier monumental métallique, d’un seul tenant livré en 3 morceaux soudés sur place, une prouesse technique de serrurerie : « Ce grand escalier est un élément fort pour amener tout le monde à converger vers le même endroit, on a voulu par ce hall commun, ces déambulations et ces ouvertures donner envie aux sportifs de se retrouver et de partager » d’après Gilles Gal, architecte Ateliers A+. Le premier étage offre en effet de multiples possibilités.
A gauche, une terrasse propose un moment de détente à l’ombre de la courbure du haut vent en toile de la façade ou en face, au choix : la salle d’escrime (700 m2, 14 pistes) avec vue plongeante sur la salle omnisports ou la salle de combat (lutte, judo, karaté) plus intimiste (340 m2) et toujours une charpente qui se distingue par la qualité de son dessin : « Ici avec moins de hauteur on a plus l’impression d’un cocon et la charpente a été traitée entièrement en bois car on est sur des murs d’enceinte en béton » explique Anaïs Amadieu. On est en effet au-dessus de la grande salle polyvalente (900 m2, hauteur 4,50 m) avec ses poutres en béton, un espace public avec accès direct, à disposition de la ville : « Nous avons réfléchi à une superposition de volumes différents comme des cubes qui s’emboitent tout en créant une déambulation astucieuse. Le grand escalier central devient non seulement l’accès aux salles plus petites du premier étage, escrime et combat mais aussi aux tribunes des grandes salles du RC » commente Fabien Thuille, architecte Ateliers A+. Résultat, une réalisation compacte qui répond à la double contrainte de la surface de la parcelle et des hauteurs imposées pour la pratique du sport.
Une double peau
Drapée dans sa toile de jean et comme prête à s’envoler, la double peau de la façade renvoie une étonnante impression de légèreté. Un trait de génie de l’artiste Alain Clément dont l’œuvre est tout aussi bluffante sur le plan technique : 140 panneaux verticaux et fragmentés de 12 m sur 2,50 m de large (pour les plus grands) assemblés dans un tout harmonieux de 2500 m2 : « Ce travail fait penser aux peintres du quattrocento sur leurs échafaudages, c’est une peinture qui vous mange, c’est comme plonger dans la mer, vous êtes porté ».
Pour le plasticien, un geste horizontal s’imposait pour impulser le mouvement et l’impression de voile gonflée par le vent. D’où la nécessité d’une entente parfaite entre le dessin et les contraintes de la structure : « Les lignes ondulantes et horizontales plus foncées de l’œuvre d’Alain Clément viennent camoufler les lisses qui soutiennent les cadres sur lesquels repose la toile, astucieux ! » raconte Anaïs Amadieu. La toile a été choisie pour sa légèreté (550 gr par m2) et sa souplesse qui autorise la courbure : « Fabriqué à 200 kms de Nîmes avec très peu de matière et peu d’énergie au m2, son bilan carbone est imbattable » selon le fabricant Laurent Tournié, de Serge Ferrari Group qui a réalisé la couverture amovible du cours central de Roland Garros. Un matériau composite « stable qui reste tendu » livré en blanc avec un vernis spécifique pour le maintien des couleurs de l’impression le plus longtemps possible. Mais comme le dit l’artiste, « Au bout de 10 ans le jean se décolore et c’est pour ça qu’on l’aime ! ».
Tendue comme une nappe
Pour que la toile soit parfaitement tendue et pour éviter une couture supplémentaire à l’arrière, chaque cadre de 12 m de hauteur sur 2,50 m de large a été enveloppé comme on applique une nappe sur une table, c’est-à-dire avec un recouvrement de 10 cm de toutes parts. Trois lisses horizontales et espacées servent de support à l’arrière des panneaux, ce qui permet de les rigidifier et de les contreventer. L’artiste s’en est servi pour adapter son dessin : des lignes horizontales plus foncées viennent camoufler la présence des lisses que l’on aurait pu voir en transparence. La structure qui comporte 140 panneaux est tenue par des butons et des suspentes en diagonales qui la fixent au béton ou au bardage métallique de la façade. Un décrochage variable selon les ondulations de l’œuvre de l’artiste, de 80 cm à 1,75 m. De 4,50 m pour le haut-vent dans sa partie la plus basse.
Bioclimatique à tous les étages
Pour l’énergie, le principe de géothermie a été retenu : 16 sondes à 140 m de profondeur, une climatisation naturelle en été, transformée en chauffage l’hiver par des pompes à chaleur. Sur le toit, 600 m2 de panneaux solaires et une peinture « Cool Roof » sur la membrane d’étanchéité, un système réflectif qui atténue l’impact de la chaleur à l’intérieur : « La double peau de la façade permet aussi de rafraichir le bâtiment, l’enveloppe en toile imprimée fait un premier barrage à la chaleur et le vent qui circule dessous provoque une circulation d’air rafraichissant » explique Anaïs Amadieu. Pour renforcer cet effet, des ouvrants dans la façade métallique assurent une sur-ventilation nocturne. La zone commerciale située au sud-ouest de Nîmes étant en zone inondable, les 2/3 du bâtiment sont en transparence hydraulique : un vide sanitaire de 1,30 m permet de faire circuler les eaux pluviales et de les guider vers le réseau urbain.
Nîmes Fabien Thuile, architecte Ateliers A+ : « La complexité c’est ce qui nous fait vibrer »
« Un projet c’est toujours une aventure collective et par chance, pour la Halle des sports de Nîmes, tous les voyants étaient au vert. Nous avons pu travailler en équipe, trouver les meilleures solutions techniques ensemble et concilier art et architecture. Un programme de grande ampleur (réunir tous les sports sous le même toit) qui a pris une dimension exceptionnelle avec la mise en œuvre d’une toile tendue sur 2 500 m2 et le traitement d’une double enveloppe. Depuis les Jeux Olympiques, il est acquis que le sport est fédérateur et je suis assez fier d’avoir pu élargir le concept au-delà du sport, d’avoir magnifié l’idée de départ avec de la générosité dans les espaces, des tribunes supplémentaires et une « covisibilité » entre les salles. Pour favoriser le lien entre les sportifs de disciplines différentes, les rencontres et le dialogue entre le public, les familles. Rendre le lieu vivant, enrichir la pratique sportive. Le hall au départ ne dépassait pas 30 m2, limité à un rôle fonctionnel de hall d’entrée. Nous en avons fait un atrium ouvert et spacieux, un lieu de partage avec son grand escalier qui suggère le mouvement. Cette dynamique répond à celle de la façade qui évoque le ruban de la gymnastique artistique. Cette prouesse a concentré beaucoup d’enjeux techniques et d’innovations. Comment, à partir du numérique, rendre cette géométrie en mouvement conforme à ce qu’on attendait. Il a fallu un long travail de facettage des panneaux et affiner la structure porteuse à partir d’un prototype pour l’épurer le plus possible. Et pour finir, appliquer le travail de l’artiste auquel il n’est pas question d’imposer un cahier des charges et qui par chance a totalement adhéré au projet. Lui aussi s’est imposé un vrai défi avec des courbes, des surfaces gauches difficiles à conceptualiser sur un à plat. Il a travaillé à partir de maquettes sur lesquelles il posait la toile avec des épingles ! Un vrai travail d’artisan. Chercher la complexité, c’est ce qui nous fait vibrer, c’est plutôt enthousiasmant ! ».
Fiche technique
Maître d’ouvrage : Ville de Nîmes
AMO : Solutions Conseils / CBE
Maîtrise d’œuvre : Ateliers A+
BET structure : IB2M
BET enveloppe textile : ABACA
BET acoustique : Acoustic technologies Midi
Façade
Artiste : Alain Clément
Toile : Serge Ferrari Frontside View 381
Gros œuvre : Sud Construction
Charpente bois : Maliges Francis
Serrurerie : Helix


